Une Utopie Musicale

Interview | Mathieu Persan

Mathieu Persan n’a pas besoin de Label dit-il. Pas “si je vous ai vous” ajoute-t-il en s’adressant au public. Son public. Avouons-le ça peut paraitre à priori un peu démago. Mais la lecture des réponses de Mathieu ne laisse aucun doute sur sa sincérité. Mathieu Persan fait donc tout pour ne pas avoir besoin de label. Album en téléchargement gratuit. Chanson offerte tous les 2000 téléchargements. Pas bête. Rencontre avec un artiste attachant.

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Mathieu Persan, pseudo ou real Name ?

C’est un pseudonyme (le nom, pas le prénom). Quand j’ai commencé, je n’avais même pas pensé à avoir un nom de scène. Je ne faisais pas de scène alors… Mais j’ai eu une chanson sur la compilation Record Makers et il a fallu choisir. A cette époque-là je cherchais un travail et je n’avais pas très envie de mélanger les styles. Et puis c’est sans compter que mon vrai nom ne fait pas vraiment rock star.

Comment définirais-tu ta musique ?

Je pense que c’est la question la plus difficile qu’on puisse poser à un musicien. J’aime bien toucher à pas mal de styles différents. (J’espère qu’on le voit sur l’album (There’s a monster in every head)). J’aime les vrais instruments. Je crois que du coup, ca me place d’emblée dans une tradition pop 60’s/70’s. Après j’ai aussi un faible pour les ambiances un peu jazzy ou cabaret et les instruments d’orchestre…

Mais je préfère définir ce que je fais par l’intention que par la réalisation. Mon but est de toucher les gens avec de belles mélodies. J’accorde une grande importance à être moi-même touché parce que je fais même si je n’y arrive pas toujours… Je ne suis pas du tout dans l’énergie ou l’immédiateté rock. Ce n’est pas dans mon tempérament.

Pourquoi le téléchargement gratuit ?

C’est d’abord une volonté d’être écouté par le plus grand nombre de gens possible. Quand on fait de la musique, on ne court pas après l’argent. Le but c’est quand même de faire partager ce qu’on fait. A partir de là, il faut que l’accès à la musique soit le plus direct possible. D’où la gratuité, le téléchargement libre et l’encouragement à partager par tous les moyens disponibles.

J’ai remarqué qu’à partir du moment où il y a la moindre barrière à l’écoute ou au téléchargement, le gens ne prennent pas la peine d’écouter. Et je suis le premier dans ce cas d’ailleurs…

Il y a aussi le fait que j’ai 31 ans, un boulot, une famille et que je sais très bien que je ne gagnerai sans doute jamais ma vie avec ma musique. D’abord parce que ma vie n’est pas compatible avec ça, ensuite parce que je supporte de moins en moins tout ce qui gravite autour de la musique et qui l’occulte. On accorde de plus en plus d’importance à la posture, à l’apparence, à la mode et plus assez à la musique elle-même. Chercher un label m’apparaît aujourd’hui comme quelque chose de superflu et de moins en moins en phase avec mes ambitions. Je cherche à faire une musique qui touche les gens, qui leur procure quelque chose. J’essaye autant que possible de me placer en dehors de toute mode. Ca ressemble aussi à ma musique et aux types de productions que j’aime : des instruments qui sonnent comme ils doivent sonner en toute simplicité.

Etant dans une démarche plutôt simple et honnête, j’essaye de trouver des moyens originaux de toucher les gens. C’est pourquoi j’ai lancé l’opération « une chanson gratuite  tous les 2000 téléchargements ». Ca me permet d’avoir une actualité régulière et d’impliquer les gens dans la promotion. Ca fonctionne plutôt bien même si un peu plus de relais dans les blogs et les webzines me permettraient sans doute d’avoir plus de visibilité.

Le but ultime est d’essayer de me faire connaître de façon à pouvoir jouer en concert autre part que dans des caves miteuses et avoir un public.

Tu en es à combien de téléchargement ?

Sur l’album, plus de 4000 et sur les chansons gratuites que je distribue tous les 2000 téléchargements, ça suit son cours. Sans la gratuité, je n’aurais jamais eu autant d’auditeurs.

L’industrie musicale, hadopi, la crise du disque, tu en penses quoi de tout ça ?

Je suis très partagé sur tous ces sujets. D’un côté, il faut que les artistes puissent vivre de leur musique. D’un autre, ce ne sont pas les ventes de disques qui font vivre les artistes (à moins d’en vendre une quantité gigantesque, ce qui reste malgré tout l’exception). Elles font vivre les distributeurs et les producteurs mais en aucun cas les artistes. A partir de là on peut se demander pourquoi, dans le cadre de la dématérialisation, les auditeurs lambda ne pourraient pas avoir accès à la musique gratuitement à partir du moment ou les diffusions publiques au sens large (publicités, synchro, radio et TV) restent rémunérées. Du coup, je trouve Hadopi parfaitement absurde. Cela protègera les gros vendeurs de disques et cela donnera moins de visibilité aux artistes qui en ont le plus besoin. Dans ce cadre la je serais largement favorable à une licence globale.

Le problème qui pourrait alors se poser est celui de la production qui, elle, ne peut pas toujours être financée par les artistes eux-même. Mais en remettant les choses dans leur contexte, on peut tout de même constater que les majors dépensent des sommes totalement absurdes en terme de production alors qu’aujourd’hui, ont peut produire le disque qu’on veut avec des moyens beaucoup plus modestes. Il suffit juste de savoir exactement ce qu’on fait. Quand je lis que des groupes passent des mois en studio à je ne sais combien de milliers d’euros la journée, je me dis qu’il y a pas mal d’argent foutu en l’air. Depuis que les dirigeants des majors et les DA sont des commerciaux j’ai l’impression qu’ils ne sont plus vraiment en phase avec la réalité.

Des projets pour les deux ans à venir ?

Les projets ce n’est pas ça qui manque ! J’ai à peu près 90 chansons dans mes tiroirs !

Voici une petite liste de ce que j’aimerais faire dans les années à venir :

  • Continuer les chansons gratuites
  • Enregistrer un album de chansons style cabaret
  • Enregistrer un album de chansons plus légères, plus pop.
  • Apprendre la batterie
  • Trouver des dates de concert
  • Devenir un meilleur musicien
  • Ne pas déprimer parce que je n’aurais pas eu le temps et/ou pas réussi de faire tout ça en deux ans!

Une reprise que tu aimerais faire ?

Il aurait tellement de chansons que j’aimerais reprendre que je ne pourrais pas n’en citer qu’une seule. Et puis je préfère me concentrer sur mes propres chansons.

Un groupe ou un artiste pour une collaboration ?

Un duo avec Nina Persson m’irait très bien…

Tu te souviens de cette video ?

C’est une relique cette vidéo ! Il s’agit d’une epk que mon label avait tourné  avant la sortie du disque au printemps 2007.

A cette époque-là le disque devait sortir, en mai. Malheureusement, le label a coulé avant. Quelques mois plus tard mon éditrice est décédée. Je me suis retrouvé tout seul et c’est là que j’ai décidé de distribuer le disque gratuitement.

Ton plus beau souvenir ?

J’ai beaucoup de souvenirs avec la musique.

  • La première fois que je suis monté sur scène pour chanter mes chansons dans un petit cabaret de Pigalle pour la promo de la compil Record Makers.
  • La première partie de Starsailor au Trabendo. Ce concert m’a marqué pour plusieurs raisons : d’abord parce que je n’avais joué devant autant de monde, et que malgré le trac, j’étais assez content de ma prestation qui a semblé plaire au public. Ensuite parce que jouer dans des conditions pareilles ne m’est plus jamais arrivé et enfin parce qu’on a été payés un Snickers et une bouteille d’eau…
  • Quand à la fin d’un concert à la Flèche d’or deux hardos sont venus me voir pour me dire qu’ils avaient été émus.
  • Quand je termine une chanson et que ça ressemble à ce que j’avais dans la tête au départ (ça n’arrive pas souvent)
  • Quand pour la première fois ma fille a arrêté de pleurer pour m’écouter lui chanter une chanson.

Difficile de faire plus attachant. Retrouvez Mathieu Persan sur son site perso, téléchargez son album, parlez de lui et rendez-vous dans 2000 téléchargements pour une nouvelle chanson.

2 Responses Subscribe to comments


  1. Lo

    Et bien il est très très bien ce Persan, bien la tête sur les épaules et entier dans sa démarche. Ca fait du bien à lire après d’autres interviews dont je ne citerai pas les protagonistes castafiores :)

    jan 29, 2010 @ 10:36


  2. Tweets that mention Interview | Mathieu Persan | Net Emergence -- Topsy.com

    [...] This post was mentioned on Twitter by Twist, Olivier Ravard, Laurent S, cd1d.com, Net Emergence and others. Net Emergence said: interview de @MathieuPersan sur Net Emergence. Un artiste au label public. http://bit.ly/bJtVHz [...]

    jan 29, 2010 @ 2:02

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